Philosophie : qui en a besoin ? (de Ayn Rand)

 

 

Philosophie : Qui en a besoin ?

Ayn Rand

  1. Introduction : Une courte histoire

Mesdames et messieurs, puisque je suis une écrivaine de fiction, commençons par une petite histoire. Supposons que vous êtes un astronaute dont le vaisseau spatial échappe à tout contrôle et qu’il s’écrase sur une planète inconnue. Lorsque vous reprenez conscience, vous constatez que vous n’êtes pas gravement blessé, les 3 premières questions que vous vous posez sont :

Où suis-je ?

Comment puis-je le découvrir ?

Que dois-je faire ?

Vous voyez une végétation inconnue à l’extérieur et il y a de l’air à respirer. La lumière du soleil semble plus pâle – et plus froide. Vous vous tournez pour regarder le ciel et vous êtes frappé par un sentiment soudain. Si vous n’aviez pas regardé, vous n’auriez pas su que vous étiez peut-être trop loin de la terre et qu’aucun retour n’est possible. Tant que vous ne le savez pas, vous êtes libre de croire ce que vous souhaitez. Et vous avez un genre d’espoir brumeux, agréable mais en quelque sorte coupable. Vous vous tournez vers vos instruments, ils sont peut-être endommagés, vous ne connaissez pas la gravité des dommages, vous êtes paralysé, frappé d’une peur soudaine : comment pouvez-vous avoir confiance en ces instruments ? Comment pouvez-vous être sûr qu’ils ne vous induisent pas en erreur ? Comment pouvez-vous savoir s’ils vont fonctionner sur une planète différente ? Vous vous détournez des instruments.

Maintenant, vous commencez à vous demander pourquoi vous n’avez aucun désir de faire quoi que ce soit. Il semble tellement plus sûr d’attendre que quelque chose se présente. Il vaut mieux, dites-vous, ne pas bouger le vaisseau spatial.

Au loin, vous voyez des sortes des créatures vivantes qui approchent. Vous ne savez pas si elles sont humaines mais elles marchent sur deux pieds. Vous décidez qu’elles vous diront quoi faire. Vous n’êtes plus jamais entendu.

  1. Qu’est-ce que la philosophie ?

Vous pourriez dire que c’est de la fantaisie ; que vous n’agiriez pas comme ça et qu’aucun astronaute ne le ferait jamais. Peut-être pas, mais c’est ainsi que la plupart des hommes vivent leur vie ici, sur la terre. La plupart des hommes passent leurs journées à se débattre pour échapper aux 3 questions ; et aux réponses qui sous-tendent chaque pensée, sentiment et action de l’homme, qu’il en soit conscient ou non : Où suis-je ? Comment je le sais? Que dois-je faire ?

Au moment où ils sont assez vieux pour comprendre ces questions, les hommes croient qu’ils connaissent les réponses. Où suis-je ? Vous dites New York. Comment je le sais ? C’est évident. Que dois-je faire ? Sur ce point, ils ne sont pas trop sûrs, mais la réponse habituelle est « ce que tout le monde fait ». Le problème semble être qu’ils ne sont pas très actifs, pas très confiants, pas très heureux, et qu’ils éprouvent parfois une peur sans cause et une culpabilité indéfinie qu’ils ne peuvent ni expliquer ni éliminer. Ils n’ont jamais découvert le fait que le problème vient de ces 3 questions restées sans réponse. Et qu’il n’y a qu’une seule science qui puisse y répondre : la philosophie.

La philosophie étudie la nature «fondamentale» de l’existence, la nature de l’homme et le rapport de l’homme à l’existence. Par opposition aux sciences spécifiques, qui ne traitent que d’aspects particuliers, la philosophie traite des aspects de l’univers qui se rapportent à tout ce qui existe. Dans le domaine de la cognition, les sciences spécifiques sont les arbres, mais la philosophie est le sol qui rend la forêt possible.

La philosophie ne vous dira pas, par exemple, si vous êtes à New York ou à Zanzibar, même si elle vous donne les moyens de le savoir. Mais voici ce qu’elle dit :

Êtes-vous dans un univers régi par des lois naturelles et donc stable, ferme, absolu et connaissable ?

Ou êtes-vous dans un chaos incompréhensible, un royaume de miracles inexplicables, un flux imprévisible, inconnaissable, que votre esprit ne peut pas comprendre ?

Les choses autour de vous sont-elles réelles ? Ou sont-elles seulement une illusion ? Existent-elles indépendamment de tout observateur ? Ou sont-elles créées par l’observateur ?

Sont-elles l’objet ou le sujet de votre conscience ? Sont-elles ce qu’elles sont ?

Ou les choses peuvent-elles être changées par un simple acte de votre conscience comme par exemple un souhait, une prière ?

La nature de vos actions et de vos ambitions, et donc votre vie, sera différente en fonction de l’ensemble des réponses que vous donnez. Ces réponses relèvent de la métaphysique – l’étude de l’existence en tant que telle. Ou, selon les mots d’Aristote, «d’être en tant qu’être», la branche fondamentale de la philosophie.

Quelles que soient vos conclusions, vous serez confronté à la nécessité de répondre à une autre question corollaire : Comment savoir ? Puisque l’homme n’est pas omniscient, ni infaillible, vous devez découvrir ce que vous pouvez revendiquer comme étant un savoir et découvrir comment prouver la validité de vos conclusions. L’homme acquiert-il la connaissance par le processus de la raison ? Ou par une révélation ? Ou grâce à un pouvoir surnaturel ? La raison est-elle une faculté qui identifie et intègre les données fournies par les sens de l’homme ? Ou est-elle alimentée par des idées innées implantées dans l’esprit de l’homme avant sa naissance ? La raison est-elle compétente pour percevoir la réalité ? Ou l’homme possède-t-il une autre faculté cognitive supérieure à la raison1 ? L’homme peut-il atteindre la certitude ? Ou est-il voué a resté dans un doute perpétuel ? Votre confiance en vous et votre succès seront différents selon l’ensemble des réponses que vous donnez à ces questions. Ces réponses relèvent de l’épistémologie, la théorie qui étudie les moyens de connaissance de l’homme. Ces 2 branches sont le fondement théorique de la philosophie.

La 3ème branche, l’éthique, peut être considérée comme sa technologie d’application. L’éthique ne s’applique pas à tout ce qui existe, seulement à l’homme. Mais elle s’applique à tous les aspects de la vie de l’homme : son caractère, ses actions, ses valeurs, sa relation à toute l’existence. L’éthique, ou la moralité, définit un code de valeurs pour guider les choix et les actions de l’homme – les choix et les actions qui déterminent le cours de sa vie.

Tout comme l’astronaute, dans mon histoire, qui ne savait pas ce qu’il devait faire parce qu’il refusait de savoir où il était et comment le découvrir, vous ne pouvez pas savoir ce que vous devez faire, jusqu’à ce que vous connaissiez la nature de l’univers avec lequel vous traitez, la nature de vos moyens de connaissance et votre propre nature. Avant d’en venir à l’éthique, vous devez répondre aux questions posées par la métaphysique et l’épistémologie :

L’homme est-il un être rationnel capable de faire face à la réalité ?

Est-il une marionnette impuissante aveugle, une puce agitée par le flux universel ?

L’accomplissement et la jouissance sont-ils possibles pour l’homme sur terre ?

Est-il voué à l’échec et au désastre ?

Selon les réponses, vous pouvez ensuite procéder à l’examen des questions posées par l’éthique :

Qu’est-ce qui est bon ou mauvais pour l’homme et pourquoi ?

La première préoccupation de l’homme devrait-elle être la quête de la joie ?

Ou éviter la souffrance ?

Le but de la vie de l’homme est-il de s’épanouir ou de s’autodétruire ?

L’homme devrait-il poursuivre ses objectifs personnels ?

Ou devrait-il placer les intérêts des autres au-dessus des siens ?

L’homme devrait-il chercher le bonheur ? Ou le sacrifice de soi ?

Je n’ai pas besoin de souligner les différentes conséquences de ces deux séries de réponses. Vous pouvez les voir partout en vous et autour de vous. Les réponses données par l’éthique déterminent comment l’homme doit traiter les autres hommes.

Et ceci détermine la 4ème branche de la philosophie : la politique qui définit les principes d’un système social approprié. En tant qu’exemple de la fonction de la philosophie, la philosophie politique ne vous dira pas combien de mètre-cube de gaz rationné vous devriez recevoir et quel jour de la semaine. Elle vous dira si le gouvernement a le droit d’imposer n’importe quel rationnement.

La 5ème et dernière branche de la philosophie est l’esthétique, l’étude de l’art basée sur la métaphysique, l’épistémologie et l’éthique. L’art traite des besoins de la conscience de l’homme.

3. La philosophie, est incontournable et indispensable

Maintenant, certains d’entre vous pourraient dire comme la plupart des gens: « Euh, je ne pense jamais en termes si abstraits. Je veux faire face à des problèmes complets, particuliers et réels. Pourquoi ai-je besoin de philosophie ? »

Ma réponse est la suivante : pour pouvoir résoudre des problèmes complets, particuliers, réels ; c’est-à-dire, pour pouvoir vivre sur terre.

Vous pourriez penser, comme la plupart des gens, que vous n’avez jamais été influencé par la philosophie. Je vais vous demander de vérifier cette réclamation. Avez-vous déjà pensé ou dit ce qui suit :

– «N’en sois pas si sûr, personne ne peut être certain de quoi que ce soit.» Vous avez eu cette idée de David Hume et de beaucoup d’autres, même si vous n’avez jamais entendu parler de lui.

– « C’est peut être vraie en théorie, mais ça ne marche pas en pratique », vous l’avez appris de Platon.

– « C’est une chose pourrie, mais seulement humaine, personne n’est parfait dans ce monde. » C’est la philosophie de Saint Augustin.

– « C’est peut-être vrai pour toi mais ce n’est pas vrai pour moi ». Cette idée provient de William James.

– « Je ne pouvais pas m’en empêcher, personne ne peut rien y faire », vous la devez de Hegel.

– « Je ne peux pas le prouver mais je sens que c’est vrai » – Kant.

– « C’est logique mais la logique n’a rien à voir avec la réalité. » – Kant.

– « C’est mal parce que c’est égoïste » -Kant.

– Avez-vous entendu le militant moderne dire « il faut agir d’abord, et penser après » ? C’est la philosophie de John Dewey.

Certains pourraient répondre, « bien sûr que j’ai dit ces choses à différents moments, mais je n’ai pas à croire tout le temps, c’était peut-être vrai hier, mais ce n’est pas vrai aujourd’hui ». C’est de Hegel.

Ils diront peut-être que «la consistance est le super-bouffon des petits esprits». Ils l’ont eu d’un très petit esprit : Emerson.

Ils pourraient dire «mais ne peut-on pas compromettre et emprunter des idées différentes de philosophies différentes, selon l’opportunité du moment ? » – Idée de Richard Nixon. Qui l’a obtenu de William James ?

Maintenant, demandez-vous, si vous n’êtes pas intéressé par les idées abstraites, pourquoi vous et tous les hommes, vous sentez-vous obligé de les utiliser ?

Le fait est que les idées abstraites sont des intégrations conceptuelles qui subsument2 un nombre incalculable de concrets. Et sans idées abstraites, vous ne seriez pas capable de faire face à des problèmes concrets, particuliers, réels. Vous seriez dans la position d’un nouveau-né, à qui chaque objet est un phénomène unique et sans précédent. La différence entre son état mental et le vôtre réside dans le nombre d’intégrations conceptuelles effectuées par votre esprit. Vous n’avez pas le choix de la nécessité d’intégrer vos observations, vos expériences, vos connaissances dans des idées abstraites, c’est-à-dire dans des principes. Votre seul choix est de savoir si ces principes sont vrais ou faux. Qu’ils représentent votre conviction consciente, rationnelle, ou un sac de notions saisies au hasard, dont vous ne connaissez pas les sources, ni la validité, ni le contexte, ni les conséquences, notions que, le plus souvent, vous perdriez comme une patate chaude si vous les connaissiez.

Les principes que vous acceptez consciemment ou inconsciemment peuvent contredire d’autres ; eux aussi, doivent être intégrés.

Qu’est-ce qui les intègre ? La philosophie. Un système philosophique est une vision intégrée de l’existence. En tant qu’être humain, vous n’avez pas le choix sur le fait que vous avez besoin d’une philosophie. Votre seul choix est de définir votre philosophie consciemment, par une réflexion rationnelle, disciplinée et délibérément, scrupuleusement, logique ou de laisser votre subconscient accumuler des tas de conclusions injustifiées, de vérités non vérifiées, de fausses généralisations, de contradictions indéfinies, de slogans non digérés, de souhaits non identifiés, de doutes et de peurs, rassemblées par hasard, mais intégrées par votre subconscient dans une sorte de philosophie bâtarde, et fusionnées en un seul et solide paquet : le doute de soi – comme un boulet à trainer là où les ailes de votre esprit auraient grandi.

Nous disons, comme beaucoup de gens, qu’il n’est pas toujours facile d’agir selon des principes abstraits. Non, ce n’est pas facile. Mais combien est-il plus difficile d’agir sur eux sans savoir ce qu’ils sont ? Votre subconscient est comme un ordinateur – un ordinateur plus complexe que les hommes peuvent construire, et sa fonction principale est l’intégration de vos idées. Qui le programme ? Votre esprit conscient. Si vous êtes en défaut, si vous n’obtenez pas de convictions fermes, votre subconscient est programmé au hasard, et vous vous livrez au pouvoir d’idées dont vous n’êtes même pas conscient que vous les ayez acceptées.

Mais d’une façon ou d’une autre, votre ordinateur vous envoie des impressions, à chaque instant, sous la forme d’émotions, qui sont des estimations fulgurantes des choses autour de vous, calculées en fonction de vos valeurs. Si vous avez programmé votre ordinateur avec la pensée consciente, vous connaissez la nature de vos valeurs et de vos émotions. Si vous ne l’avez pas fait, cela ne se fait pas.

Beaucoup de gens, en particulier aujourd’hui, prétendent que l’homme ne peut pas vivre avec uniquement la logique, qu’il doit tenir compte de l’élément émotionnel de sa nature et qu’il dépend de ses émotions.

Eh bien, l’astronaute a fait de même dans mon histoire. La blague est sur lui et sur eux. Les valeurs et les émotions de l’homme sont déterminées par sa vision fondamentale de la vie. Le programmeur ultime du subconscient est la philosophie. C’est la science qui, selon les émotifs, est impuissante à affecter ou pénétrer les mystères obscurs de leurs sentiments. La qualité de travail d’un ordinateur est déterminée par la qualité de son apport. Si votre subconscient est programmé par hasard, sa sortie aura un caractère correspondant. Vous avez probablement entendu du terme éloquent de l’opérateur informatique « GIGO », qui signifie: « Garbage In / Garbage Out ».

La même formule s’applique à la relation entre la pensée d’un homme et ses émotions. Un homme qui est dirigé par des émotions est comme un homme qui est dirigé par un ordinateur dont il ne peut lire les impressions. Il ne sait pas si son programme – que sa programmation soit vraie ou fausse – le mènera à la réussite ou à la destruction, s’il sert ses objectifs ou ceux d’une puissance méchante et inconnaissable. Il est aveugle sur 2 aspects : aveugle au monde qui l’entoure et à son propre monde intérieur, incapable de saisir la réalité ou ses propres motivations, et il est dans la terreur chronique des deux. Les émotions ne sont pas des outils de réflexion. Les hommes qui ne s’intéressent pas à la philosophie en ont besoin de toute urgence. Les hommes qui ne s’intéressent pas à la philosophie s’inspirent de l’atmosphère culturelle qui les entoure : celle des écoles, des collèges, des livres, des magazines, des journaux, films, télévision, etc. Qui donne le ton d’une culture ? Une petite poignée d’hommes : les philosophes.

Les autres suivent leur exemple, soit par conviction, soit par défaut. Pendant 200 ans, sous l’influence d’Emmanuel Kant, la tendance dominante de la philosophie a été dirigée vers un seul but : la destruction de l’esprit de l’homme – la destruction de la confiance dans le pouvoir de la raison.

Aujourd’hui, nous assistons au point culminant de cette tendance. Quand les hommes abandonnent la raison, ils s’aperçoivent non seulement que leurs émotions ne peuvent pas les guider, mais qu’ils ne peuvent éprouver aucune émotion sauf une, la terreur.

La propagation de la toxicomanie chez les jeunes, évoquée par les modes intellectuelles d’aujourd’hui, démontre l’état intérieur insupportable des hommes privés de leurs moyens de connaissance et qui cherchent à échapper à la réalité, à la terreur de leur impuissance face à l’existence. Observez la crainte de l’indépendance de ces jeunes et leur désir frénétique d’appartenir à un groupe, une clique ou un gang. La plupart d’entre eux n’ont jamais entendu parler de la philosophie, mais ils sentent qu’ils ont besoin de réponses fondamentales à des questions qu’ils n’osent pas poser, et ils espèrent que la tribu leur dira comment vivre. Ils sont prêts à être pris en charge par n’importe quel sorcier, gourou ou dictateur. L’une des choses les plus dangereuses qu’un homme puisse faire est de céder son autonomie morale aux autres.

Comme l’astronaute dans mon histoire, il ne sait pas s’ils sont humains, même s’ils marchent sur deux pieds.

  1. Pourquoi étudier la philosophie ?

Maintenant vous pouvez demander, si la philosophie peut être ce mal, pourquoi l’étudier ? En particulier, pourquoi étudier les théories philosophiques qui sont manifestement fausses, qui n’ont aucun sens et qui n’ont aucun rapport avec la vie réelle ?

Ma réponse est : pour l’autoprotection, et pour la défense de la vérité, de la justice, de la liberté et de toute valeur que vous avez jamais détenue. Toutes les philosophies ne sont pas mauvaises, bien qu’elles soient trop nombreuses.

D’autre part, à la base de toute réalisation civilisée, comme la science, la technologie, le progrès, la liberté, à la racine de toutes les valeurs que nous jouissons aujourd’hui, y compris la naissance de ce pays, vous trouverez la réalisation d’un homme qui a vécu il y a plus de 2 000 ans : Aristote. Si vous ne ressentez que de l’ennui en lisant les théories pratiquement inintelligibles de certains philosophes, vous avez ma plus profonde sympathie.

Mais si vous les écartez en disant : «Pourquoi devrais-je étudier ce genre de choses quand je sais que c’est un non-sens ?», vous vous trompez. C’est un non-sens, mais vous ne le savez pas. Pas tant que vous continuez à accepter toutes leurs conclusions, tous les slogans vicieux générés par ces philosophes. Et pas tant que vous êtes incapable de les réfuter.

Cette absurdité traite des questions les plus cruciales, la vie ou la mort de l’existence de l’homme. À la base de toute théorie philosophique significative, il existe un problème légitime, en ce sens qu’il existe un besoin authentique de la conscience de l’homme, que certaines théories s’efforcent de clarifier tandis que d’autres luttent pour obscurcir, corrompre, et empêcher l’homme de découvrir. La bataille des philosophes est une bataille pour l’esprit de l’homme. Si vous ne comprenez pas leurs théories, vous êtes vulnérable aux pires d’entre elles.

La meilleure façon d’étudier la philosophie est de l’approcher comme une histoire policière. Suivez chaque piste, indice et implication afin de découvrir qui est un meurtrier et qui est un héros. Le critère de détection est deux questions : Pourquoi ? Et comment ?

Si un principe donné semble être vrai : pourquoi ? Si un autre principe semble être faux : pourquoi ? Vous ne pouvez pas trouver toutes les réponses immédiatement, mais vous allez acquérir une caractéristique inestimable : la capacité de penser en termes d’éléments essentiels. Rien n’est donné à l’homme automatiquement, ni la connaissance, ni la confiance en soi, ni la sérénité intérieure, ni la bonne façon d’utiliser son esprit.

Chaque valeur dont il a besoin, ou qu’il veut, doit être découverte, apprise et acquise – même la bonne posture de son corps. Dans ce contexte, je tiens à dire que j’ai toujours admiré la posture des diplômés de West Point. Je suis sérieuse. Une posture qui projette l’homme dans un contrôle fier et discipliné de son corps.

Eh bien, la formation philosophique donne à l’homme la posture intellectuelle appropriée : un contrôle fier et discipliné de son esprit. Dans votre propre profession, en science militaire, vous connaissez l’importance de suivre les armes, la stratégie et la tactique de l’ennemi et d’être prêt à les contrer. La même chose est vraie en philosophie. Vous devez comprendre les idées de l’ennemi et être prêt à les réfuter, vous devez connaître ses arguments de base et être capable de les faire exploser. Dans la guerre physique, vous n’enverriez pas vos hommes dans un piège : vous feriez tous les efforts pour le découvrir, connaître son emplacement. Eh bien, le système de Kant est le plus grand piège et le plus complexe de l’histoire de la philosophie. Mais il est si plein de trous qu’une fois que vous saisissez son truc, vous pouvez le désamorcer sans problème et avancer en toute sécurité. Et, une fois qu’il est désamorcé, les Kantiens mineurs, les grades inférieurs de son armée, les sergents philosophes, les soldats et les mercenaires d’aujourd’hui, tomberont de leur propre poids, par réaction en chaîne. Il y a une raison particulière pour laquelle vous, les futurs dirigeants de l’armée des États-Unis, devez être philosophiquement armés aujourd’hui.

Vous êtes la cible d’une attaque spéciale de l’establishment kantien, hégélien, collectiviste qui domine actuellement nos institutions culturelles. Vous êtes l’armée du dernier pays semi-libre laissé sur terre, pourtant vous êtes accusé d’être un outil de l’impérialisme. Et l’impérialisme est le nom donné à la politique étrangère de ce pays qui n’a jamais entrepris de conquête militaire et n’a jamais profité des deux guerres mondiales, qu’elle n’a pas initiées, mais qui y est entrée et qu’elle a gagnées. C’était, incidemment, une politique follement trop généreuse, qui … Une politique qui a fait perdre à ce pays sa richesse en aidant à la fois ses alliés et ses anciens ennemis. Quelque chose appelé le complexe militaro-industriel, qui est un mythe ou pire, est blâmé pour tous les problèmes de ce pays. Les voyous de collège sanglants crient que R.O.T.C. les unités doivent être bannies des campus universitaires. Notre budget de la défense est attaqué, dénoncé et miné par des gens qui prétendent qu’une priorité financière devrait être accordée aux jardins écologiques de roses et aux classes d’expression esthétique pour les habitants des bidonvilles. Certains d’entre vous peuvent être déconcertés par cette campagne et peuvent se demander, de bonne foi, quelles erreurs vous avez commis pour l’amener.

Si c’est le cas, il est urgent de comprendre la nature de l’ennemi. Vous êtes attaqué, non pour des erreurs ou des défauts, mais pour vos vertus. Vous êtes dénoncé, non pour vos faiblesses, mais pour votre force et votre compétence. Vous êtes pénalisé parce que vous êtes les protecteurs des États-Unis. À un niveau inférieur de la même question, un type similaire de campagne est mené contre la police. Ceux qui cherchent à détruire ce pays, cherchent à le désarmer, intellectuellement et physiquement.

Mais ce n’est pas un simple problème politique, la politique n’est pas la cause, mais la dernière conséquence des idées philosophiques. Ce n’est pas une conspiration communiste, bien que certains communistes puissent être impliqués comme des asticots qui profitent d’une catastrophe dont ils n’étaient pas à l’origine. Le motif des destructeurs n’est pas l’amour du communisme, mais la haine de l’Amérique. Pourquoi la haine ? Parce que l’Amérique est la réfutation vivante d’un univers kantien. Le souci et la compassion écœurante d’aujourd’hui pour les faibles, les imparfaits, les souffrants, les coupables, sont une couverture pour cacher la haine profondément kantienne contre l’innocent, du fort, du capable, du vainqueur, du vertueux, du confiant, de celui qui est heureux. Une philosophie destinée à détruire l’esprit de l’homme est nécessairement une philosophie de haine envers l’homme, de la vie de l’homme et de toute valeur humaine. La haine du bien parce que c’est le bien, est la marque du XXe siècle. C’est l’ennemi que vous affrontez. Une bataille de ce genre nécessite des armes spéciales. Il doit être combattu avec une pleine compréhension de votre cause, une confiance totale en vous et la plus grande certitude de la droiture morale des deux. Seule la philosophie peut vous fournir ces armes. La mission que je me suis donnée ce soir n’est pas de vous vendre ma philosophie, mais la philosophie en tant que telle. J’ai cependant implicitement parlé de ma philosophie dans chaque phrase, puisque aucun d’entre nous et aucune déclaration ne peut échapper à des prémisses philosophiques. Quel est mon intérêt égoïste en la matière ? Je suis assez confiante pour penser que si vous acceptez l’importance de la philosophie et la tâche d’examiner- un examen critique – ma philosophie, vous allez accepter.

Formellement, je l’appelle Objectivisme, mais de manière informelle, je l’appelle « philosophie pour vivre sur terre ». Vous en trouverez une présentation explicite dans mes livres, notamment dans Atlas Shrugged.

  1. Un message personnel aux diplômés de West Point

En conclusion, permettez-moi de parler en termes personnels. Cette soirée signifie beaucoup pour moi. Je me sens profondément honoré de pouvoir m’adresser à vous. Je peux dire, non pas en tant que anesthésique patriotique, mais en pleine connaissance des racines métaphysiques, épistémologiques, éthiques, politiques et esthétiques nécessaires, que les États-Unis d’Amérique est le plus grand, le plus noble et, dans ses principes fondateurs, le seul pays moral dans l’histoire du monde. Il y a une sorte de radiance tranquille dans mon esprit avec le nom de West Point, parce que vous avez conservé l’esprit de ces principes fondateurs originaux et vous en êtes le symbole. Il y avait des contradictions et des omissions dans ces principes, et il peut y en avoir dans les vôtres, mais je parle de l’essentiel. Il y a peut-être dans votre histoire des individus qui n’ont pas été à la hauteur de vos normes les plus élevées, comme il en existe dans toutes les institutions puisqu’aucune institution, et aucun système social, ne peut garantir la perfection automatique de tous ses membres ; cela dépend du libre arbitre de l’individu. Je parle de vos normes. Vous avez conservé 3 qualités de caractère qui étaient typiques au moment de la naissance de l’Amérique, mais qui sont pratiquement inexistantes aujourd’hui : le sérieux, le dévouement, le sens de l’honneur. L’honneur est l’estime de soi rendue visible dans l’action. Vous avez choisi de risquer vos vies pour la défense de ce pays. Je ne vous insulterai pas en disant que vous êtes dévoué au service désintéressé – car ce n’est pas une vertu dans ma moralité. Dans ma morale, la défense de son pays signifie qu’un homme n’est pas disposé à vivre comme l’esclave conquis de n’importe quel ennemi, étranger ou intérieur. C’est une énorme vertu. Certains d’entre vous ne sont peut-être pas conscients de cela. Je veux vous aider à le comprendre. L’armée d’un pays libre a une grande responsabilité : le droit d’user de la force. Mais pas comme un instrument de contrainte et de conquête brutale, comme l’ont fait les armées d’autres pays dans leurs histoires ; seulement en tant qu’instrument de légitime défense d’une nation libre, c’est-à-dire la défense des droits individuels de l’homme. Le principe de l’usage de la force uniquement en représailles contre ceux qui l’initient, est le principe de subordination de la puissance au droit. L’intégrité et le sens de l’honneur les plus élevés sont requis pour une telle tâche. Aucune autre armée dans le monde ne l’a atteint. Vous l’avez. West Point a donné à l’Amérique une longue lignée de héros, connus et inconnus. Vous, les diplômés de cette année, avez une tradition glorieuse à poursuivre, que j’admire profondément, non parce que c’est une tradition, mais parce qu’elle est glorieuse. Comme je viens d’un pays coupable de la pire tyrannie sur terre, je suis particulièrement capable apprécier le sens, la grandeur et la valeur suprême de ce que vous défendez. Donc, en mon nom et au nom de beaucoup de gens qui pensent comme moi, je veux dire, à tous les hommes de West Point, passés, présents et futurs : Merci

1L’homme a-t-il un 6ème sens ? Et pourquoi pas un 7ème, un 8ème …….?

2Subsumer = englober

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