Robert G. Ingersoll : Ce que je pense du lynchage (texte de 1860 /1880)

CE QUE JE PENSE DU LYNCHAGE EN GEORGIE

Je suppose que ces outrages – ces crimes effroyables – me donnent la même impression qu’ils le font pour toutes les personnes civilisées. Je ne connais pas de mots assez forts, assez amers pour exprimer mon indignation et mon horreur. Les hommes appartenant à la race « supérieure » prennent un homme de couleur – un criminel, un meurtrier présumé, qui aurait attaqué une femme blanche – l’attache à un arbre, inonde ses vêtements de kérosène, empile des fagots à ses pieds. Ceci est la préparation pour le festival. Les gens affluent du quartier – viennent dans des trains spéciaux en provenance des villes. Ils vont s’amuser.

Riant et maudissant, ils se rassemblent autour de la victime. Un homme sort de la foule – un homme qui déteste le crime et aime la vertu. Il tire son couteau et, avec un esprit sportif et joyeux, coupe l’une des oreilles de la victime. Il la garde comme un trophée – un souvenir.

Un autre gentleman amateur de plaisanterie coupe l’oreille opposée. Un autre coupe le nez du misérable enchaîné et impuissant. La victime souffre en silence. Il ne pousse pas un gémissement, pas un mot – c’est le seul homme sur 2 000 qui a du courage.

D’autres héros blancs coupent et lacèrent sa chair. La foule applaudie. Les gens sont enivrés de joie. Ensuite, les fagots sont allumés et l’homme saignant et mutilé est revêtu de flammes.

Les gens sont fous de joie hideuse. Avec des yeux gourmands ils le regardent brûler ; avec des oreilles affamées, ils écoutent ses cris – la musique de ses gémissements et de ses pleurs. Il n’a pas crié. Le festival n’est pas tout à fait parfait.

Mais ils ont eu leur revanche. Ils piétinent le cadavre carbonisé et brûlant. Ils se partagent les os brisés. Ils veulent des souvenirs – des souvenirs qu’ils peuvent donner à leurs épouses aimantes et à leurs gentils bébés.

Ces horreurs ont été perpétrées au nom de la justice. Les sauvages qui ont fait ces choses appartiennent à la race « supérieure ». Ils sont des citoyens de la grande république. Et pourtant, il ne me semble pas possible que de tels démons soient des êtres humains. Ils sont une honte pour notre pays, notre siècle et la race humaine.

L’ancien gouverneur Atkinson a protesté contre cette sauvagerie. Il a été menacé de mort. Les bonnes personnes sont impuissantes. Tandis que ces lyncheurs assassinent les Noirs, ils détruisent leur propre pays.

Aucun homme civilisé ne souhaite vivre là où la foule est suprême. Il ne souhaite pas être gouverné par des meurtriers.

Permettez-moi de préciser que ce que j’ai dit est de la flatterie par rapport à ce que je ressens. Quand je pense à l’autre lynchage – celui du pauvre homme mutilé et pendu sans la moindre preuve, du noir qui a dit que ces meurtres seraient vengés et qui a été brutalement assassiné pour avoir exprimé un sentiment naturel – je suis tout à fait sans voix.

Les Blancs sont-ils fous ? La pitié a-t-elle fui vers les bêtes ? Les États-Unis n’ont-ils aucun pouvoir pour protéger un citoyen ? Un pays qui ne peut pas, ou ne veut pas, protéger ses citoyens en temps de paix n’a pas le droit de demander à ses citoyens de le protéger en temps de guerre.

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