Robert G. Ingersoll – Pourquoi je suis agnostique – 2ème partie

Les Écrits de Robert G. Ingersoll (Tome 11- édité en 1900)
POURQUOI JE SUIS UN AGNOSTIQUE ?
(écrit en 1890)
2EME PARTIE

 

 

 

 

 

La religion chrétienne repose sur les miracles. Il n’y a pas de miracles dans le domaine de la science. Le vrai philosophe ne cherche pas à exciter l’émerveillement, mais à rendre clair ce qui était merveilleux. Il n’essaie pas d’étonner, mais d’éclairer. Il est parfaitement sûr qu’il n’y a pas de miracles dans la nature. Il sait que l’expression mathématique des mêmes relations, contenus, domaines, nombres et proportions doit rester à jamais la même. Il sait qu’il n’y a pas de miracles dans la chimie; Que les attractions et les répulsions, les « amours et les haines », des atomes sont constantes. Dans des conditions semblables, il est certain que, comme toujours, que le résultat a toujours été et sera toujours le même; Que les atomes ou les particules s’unissent dans des proportions définies, invariables, tant d’un même mélange, se mêlent et s’harmonisent avec tant d’autres, et l’excédent sera éliminé. Il n’y a pas d’exception. Les substances sont toujours fidèles à leur nature. Elles n’ont aucun caprice, aucun préjugé, qui peut varier ou contrôler leur action. Elles sont «les mêmes qu’hier, les mêmes aujourd’hui et pour toujours».

Dans cette fixité, cette constance, cette intégrité éternelle, l’homme intelligent a une confiance absolue. Il est inutile de lui dire qu’il y avait un temps où le feu ne consommait pas le combustible, que l’eau coulait en n’obéissant pas à la loi de l’attraction, ou qu’il y ait jamais eu un fragment d’un moment pendant lequel la substance n’avait aucun poids.

La crédulité doit être le serviteur de l’intelligence. Les ignorants n’ont pas la crédulité suffisante pour croire le réel, parce que le réel semble être contraire à la preuve de leurs sens. Pour eux, il est clair que le soleil se lève et se couche, et ils n’ont pas la crédulité suffisante pour croire au mouvement rotatif de la terre, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas assez d’intelligence pour comprendre, les absurdités impliquées dans leur croyance, et, l’harmonie parfaite entre la rotation de la terre et tous les faits connus. Ils font confiance à leurs yeux, pas à leur raison. L’ignorance a toujours été et sera toujours à la merci de l’apparence. La crédulité, en règle générale, croit tout sauf la vérité. Les semi-civilisés croient en l’astrologie, mais qui pourrait les convaincre de l’immensité des espaces astronomiques, de la vitesse de la lumière, de l’ampleur et du nombre des soleils et des constellations? Si Hermann, le magicien, et Humboldt, le philosophe, pouvaient avoir comparu devant les sauvages, lequel aurait été considéré comme un dieu?

Quand les hommes ne savaient rien de la mécanique, rien de la corrélation de la force et de son indestructibilité, ils croyaient au mouvement perpétuel. Ainsi, quand la chimie passait pour être une sorte de jeu de passe-temps, de nécromancie, d’une chose accomplie par l’aide du surnaturel, on parlait de la transmutation des métaux, du solvant universel et de la pierre philosophale. Le mouvement perpétuel serait un miracle dans le domaine de la mécanique ; et la transmutation des métaux serait un miracle dans la chimie ; et si nous pouvions faire que le résultat de multiplier deux par deux donne cinq, ce serait un miracle en mathématiques. Personne ne s’attend à trouver un cercle dont le diamètre ne soit que le quart de la circonférence. Si l’on pouvait trouver un tel cercle, alors il y aurait un miracle en géométrie.

En d’autres termes, il n’y a aucun miracle dans aucune science. Au moment où nous comprenons une question ou un sujet, le miraculeux disparaît nécessairement. Si quelque chose arrive réellement dans le monde chimique, elle se reproduira dans des conditions semblables. Personne n’a besoin de prendre en compte ce résultat à partir des dires des autres : tout le monde peut reproduire l’expérience pour lui-même. Il n’y a pas de caprice, et pas d’accident.

Il est admis, du moins par le monde protestant, que l’âge des miracles est passé, et par conséquent que les miracles ne peuvent pas être prouvés par des miracles. Ils doivent être confirmé par le témoignage de témoins qui sont racontés par des écrivains, ou plutôt par des écrivains incertains qui ont vécu il ya plusieurs siècles ; et ces témoignages nous sont donnés, non par les témoins eux-mêmes, ni par des personnes qui disent avoir parlé à ces témoins, mais par des personnes inconnues qui n’ont pas donné les sources de leurs informations.

La question est : les miracles peuvent-ils être prouvés, sauf par des miracles? Nous savons que les écrivains se sont peut-être trompés. Il est possible qu’ils aient eux-mêmes fabriqué ces contes. Les témoins ont peut-être dit ce qu’ils savaient être faux, ou ils ont pu être honnêtement trompés, ou les histoires peuvent avoir été vrai comme cela a été dit au début. L’imagination les a peut-être beaucoup embellis, de sorte que, après plusieurs siècles de rajouts, une vérité très simple fut changée en miracle.

Nous devons admettre que toutes les probabilités doivent être contre les miracles, parce que ce qui est probable ne peut en aucun cas être un miracle. Ni le probable ni le possible, en ce qui concerne l’homme, ne peut être miraculeux. La probabilité dit donc que les écrivains et les témoins étaient soit trompeurs, soit malhonnêtes.

Nous devons admettre que nous n’avons jamais vu un miracle nous-mêmes, et nous devons admettre que, selon notre expérience, il n’y a pas de miracles. Si nous nous sommes mêlés au monde, nous sommes obligés de dire que nous avons connu un grand nombre de personnes – y compris nous-mêmes – ayant été abusés, et beaucoup d’autres qui n’ont pas réussi à dire la vérité exacte. Les probabilités sont du côté de notre expérience et, par conséquent, contre le miracle ; et c’est une nécessité que l’esprit libre se dirige sur le chemin de la moindre résistance.

L’effet du témoignage dépend de l’intelligence et de l’honnêteté du témoin et de l’intelligence de celui qui le reçoit. Un homme vivant dans une communauté où le surnaturel est attendu, où le miraculeux est supposé être quotidien, en règle générale, croit que toutes les choses merveilleuses sont le résultat d’organismes surnaturels. Il s’attendra à une intervention providentielle et, par conséquent, son esprit poursuivra le chemin de la moindre résistance, et rendra compte de tous les phénomènes par ce qui lui est la méthode la plus facile. Ces personnes, avec les meilleures intentions, portent honnêtement un faux témoignage. Elles ont été abusées par les apparences, et sont victimes de l’illusion et de fantasme.

À l’époque où la lecture et l’écriture étaient pratiquement inconnues, et que l’histoire elle-même n’était qu’un vague récit oral transmis de la naissance à l’enfance, il ne fut sauvé de l’oubli que le merveilleux, et le miraculeux. Plus l’histoire est merveilleuse, plus l’intérêt est excité. Les narrateurs et les auditeurs étaient aussi ignorants qu’honnêtes. A cette époque, on ne savait rien du cours ordonné de la nature, de la chaîne ininterrompue et inébranlable des causes et des effets. Le monde paraissait gouverné par le caprice. Tout était à la merci d’un être, ou des êtres, qui étaient eux-mêmes contrôlés par les mêmes passions qui dominaient l’homme. Des fragments de faits ont été pris pour l’ensemble, et les déductions tirées étaient honnêtes et monstrueuses.

Il est probablement certain que toutes les religions du monde ont été crues, et que tous les miracles ont trouvé la crédibilité dans d’innombrables cerveaux; Autrement elles n’auraient pas pu se perpétuer. Elles n’étaient pas toutes nées de la ruse. Ceux qui ont parlaient étaient aussi honnêtes que ceux qui écoutaient. Cela étant, rien n’a été trop absurde pour la crédibilité humaine.

Toutes les religions, pour autant que je sache, prétendent avoir été miraculeusement fondées, miraculeusement préservées et miraculeusement propagées. Les prêtres, de chacune d’elle, prétendaient avoir des messages de Dieu, et prétendaient avoir une certaine autorité, et le miraculeux a toujours été appelé dans le but de justifier, à la fois, le message et l’autorité.

Si les hommes croient au surnaturel, ils rendront compte de tous les phénomènes en faisant référence aux moyens, ou au pouvoir, surnaturels. Nous savons que jadis tout était raconté de cette manière, à l’exception de choses simples avec lesquelles l’homme était parfaitement familier. Au bout d’un certain temps, les hommes trouvèrent que, dans des conditions semblables, les mêmes choses se répétaient, la supposition d’une intervention surnaturelle fut abandonnée ; mais cette ingérence était toujours active dans les domaines encore inconnu. En d’autres termes, au fur et à mesure que le cercle de la connaissance de l’homme grandissait, la référence au « surnaturel » se retirait et ne s’activait qu’au-delà de l’horizon des connaissances.

Maintenant, il y a des croyants dans la providence spéciale universelle, c’est-à-dire des hommes qui croient en l’interférence perpétuelle d’une puissance surnaturelle, cette interférence agissant pour punir ou récompenser, détruire ou préserver, les individus et les nations. Mais dans la nature, il n’y a ni punitions, ni récompenses seulement des conséquences.

D’autres ont abandonné l’idée de la Providence dans les affaires ordinaires, mais croient toujours que Dieu interfère, dans les moments critiques, surtout dans les affaires des nations, et que sa présence se manifeste dans les grands désastres. C’est la position du compromis. Ces gens croient qu’un être infini a fait l’univers et créer, pour qu’il fonctionne, ce qu’ils sont heureux d’appeler des «lois», et qu’il le laisse fonctionner conformément à ces lois et forces ; que, en règle générale, cela fonctionne bien, et que le créateur divin n’interfère que dans les cas d’accident, ou à des moments où la machine ne parvient pas à accomplir le dessein original.

D’autres pensent que tout est naturel ; qu’il n’y a jamais eu, n’y aura jamais, ne pourra jamais avoir une ingérence extérieur, parce que la nature embrasse tout, et qu’il ne peut y avoir ni sans, ni au-delà.

La première catégorie est théiste pure et simple ; la seconde est théistes quant à l’inconnu, et naturaliste quand au connu ; et la troisième est naturaliste sans toucher à la superstition.

Que valent les preuves de la première catégorie ? Cette question est répondu en lisant l’histoire des nations qui croyaient profondément et implicitement dans le surnaturel. Il n’y a aucune absurdité concevable qui n’ait pas été établie par le témoignage. Toute les lois, ou tout les faits de la nature, ont été violées : les enfants sont nés sans parents ; les hommes vivaient des milliers d’années (ex : Mathusalem) ; d’autres vivaient sans nourriture, sans sommeil ; des milliers et des milliers étaient possédés par de mauvais esprits, contrôlés par des fantômes et des goules ; des milliers avouèrent d’être coupables d’offenses impossibles, et les tribunaux, sous les formes les plus solennelles, furent corrompus par les serments, les affirmations et les confessions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Ces délire ne se bornaient pas aux ascètes et aux paysans, mais ils s’emparaient des nobles et des rois ; des gens qui étaient alors réputés intelligents et éduqués ; personne n’a nié ces merveilles, pour la raison que le déni était un crime punissable généralement de mort. Les sociétés, les nations, devinrent les folles victimes de l’ignorance, des rêves, et surtout des craintes. Dans ces conditions, le témoignage humain n’a pas, et ne peut avoir, la moindre valeur. Nous savons maintenant que presque toute l’histoire du monde est fausse, et nous le savons parce que nous sommes arrivés à cette phase, ou à ce stade, du développement intellectuel où nous savons que les effets doivent avoir des causes, que tout est produit naturellement et que , par conséquent, aucune nation n’aurait pu être grande, puissante et riche sans avoir le sol, le peuple, l’intelligence et le commerce. Pesées en ces termes, presque toutes les histoires se trouvent être des fictions.

Il en est de même des religions. Tout Américain intelligent est convaincu que les religions de l’Inde, de l’Egypte, de la Grèce et de Rome, des Aztèques, étaient et sont fausses, et que tous les miracles sur lesquels elles reposent sont des erreurs. Notre religion seule est exceptée. Tout Hindou intelligent ignore toutes les religions et tous les miracles, sauf les siens. La question est : quand les gens verront-ils les défauts de leur propre théologie aussi clairement qu’ils perçoivent les mêmes défauts dans les autres?

Toutes les soi-disant fausses religions étaient étayées par des miracles, par des signes, des prodiges, par des prophètes et des martyrs, exactement comme la nôtre. Nos témoins ne sont pas meilleurs que les leurs, et notre succès n’est pas plus grand. Si leurs miracles étaient faux, les nôtre peuvent ne pas être vrais. La nature était la même en Inde et en Palestine.

L’un des angles du christianisme est le miracle de l’inspiration divine, et ce même miracle est à la base de toutes les religions. Comment peut-on établir le fait d’avoir été « inspiré » ? Comment l’homme inspiré pourrait-il savoir qu’il était inspiré ? S’il était influencé pour écrire, et qu’il a écrit, et qu’il exprimait des pensées et des faits qui lui étaient absolument nouveaux, sur des sujets dont il n’avait jusque-là rien connu, comment pouvait-il savoir qu’il avait été influencé par un être infini ? Et s’il pouvait savoir, comment pourrait-il convaincre les autres ? Qu’entend-on par inspiration ? Celui qui est inspiré n’a-t-il écrit que les pensées de l’être surnaturel? Etait-il simplement un instrument, ou sa personnalité colorait-elle le message reçu et donné ? A-t-il mélangé son ignorance avec l’information divine, ses préjugés et haines avec l’amour et la justice de la Divinité ? Si Dieu lui a dit de ne pas manger la chair d’un animal qui meurt de lui-même, est-ce que le même être infini lui a dit de vendre cette viande à un autre personne ?

Un homme dit qu’il est inspiré, que Dieu lui est apparu dans un rêve, et lui a dit certaines choses. Or, les choses dites qui ont été communiquées peuvent avoir été bonnes et sages ; mais le fait que la communication est bonne ou sage prouve t’elle l’inspiration ? Si, d’un autre côté, la communication est absurde ou méchante, cela montrera-t-il de façon concluante que l’homme n’a pas été inspiré ? Faut-il juger de la communication ? En d’autres termes, est-ce que notre raison est la norme finale ?

Comment l’homme inspiré peut-il savoir que la communication a été reçue de Dieu ? Si Dieu, en réalité, apparaît à un être humain, comment cet être humain pourrait-il savoir qui est apparu ? Par quel standard juge-t-il ? Sur cette question, l’homme n’a aucune expérience ; il n’est pas assez familier avec le surnaturel pour connaître les dieux même s’ils existent. Bien que des milliers aient prétendu recevoir des messages, il n’y a eu aucun message dans lequel il y avait, ou il y a, quelque chose au-dessus de l’invention de l’homme. Il y a autant de choses merveilleuses dans les livres inspirés que dans les livres « non -inspirés » par dieu, et les prophéties des païens ont été remplies également avec celles des prophètes de Judée. Si donc, même l’homme inspiré ne peut certainement pas savoir si il est inspiré, comment peut-il démontrer son inspiration aux autres ? La seule solution à cette question est que l’inspiration est un miracle dont seuls les inspirés peuvent avoir la moindre connaissance, ou la moindre preuve, et cette connaissance et cette évidence n’est pas d’un caractère suffisant pour convaincre absolument même l’inspiré.

Il n’y a certainement rien dans l’Ancien ou le Nouveau Testament qui n’aurait pu être écrit par des êtres humains sans inspiration. Pour moi il n’y a rien de particulier dans le Pentateuque. Je ne connais pas une seule vérité scientifique contenue dans les cinq livres communément attribués à Moïse. Il n’y a pas, autant que je sache, une ligne réfléchie dans le livre de la Genèse pour rendre un être humain meilleur. Les lois contenues dans l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome sont, pour la plupart, puériles et cruelles.
Sûrement il n’y a rien dans aucun de ces livres qui n’aurait pu être produit par des hommes sans inspiration. Certes, rien ne peut exciter l’admiration intellectuelle dans le livre des Juges ou dans les guerres de Josué; et il en est de même dans le livre de Samuel, le livre des Chroniques et le livre des Rois. L’histoire est extrêmement enfantine, pleine de répétitions, de détails inutiles, sans la moindre philosophie, sans généralisation provenant d’une large réflexion. rien n’est connu des autres nations ; rien de donner ayant la moindre valeur ; rien sur l’éducation, la découverte, ou l’invention. Et ces annales folles et stupides sont entrecoupées de mythes et de miracles, de flatteries pour les rois qui soutiennent les prêtres et des malédictions et des dénonciations pour ceux qui n’écoutent pas la voix des prophètes. Si tous les livres historiques de la Bible étaient effacés de la mémoire de l’humanité, rien de valeur ne serait perdu. Est-il possible que l’écrivain ou les écrivains du premier et du second livre des Rois , aient été inspirés, et qu’ Edward Gibbon ait écrit «Le déclin et la chute de l’Empire romain» sans assistance surnaturelle ? Est-il possible que l’auteur des Juges fût simplement l’instrument d’un Dieu infini, alors que John W. Draper écrivait «Le développement intellectuel de l’Europe» sans un rayon de lumière de l’autre monde ? Pouvons nous croire que l’auteur de la Génèse était inspiré, tandis que Darwin expérimente, vérifie et tire des conclusions pour lui-même.

Le travail d’un Dieu ne doit-il pas être largement supérieur à celui d’un homme? Et si les écrivains de la Bible étaient réellement inspirés, ce livre ne devrait il pas être le plu grand de tous les livres ? Par exemple, si l’on soutenait que certaines statues avaient été ciselées par des hommes « inspirés », de telles statues devaient être supérieures à celles que l’homme non-inspiré a faites.Tant qu’on admet que la Vénus de Milo est le travail d’un homme, personne ne croit en des sculpteurs inspirés du moins jusqu’à ce qu’une statue supérieure soit trouvée. Dans le monde de la peinture. Nous admettons que Corot était sans inspiration. Personne ne prétend qu’Angelo avait une aide surnaturelle. Maintenant, si quelqu’un devrait proclamer qu’un certain peintre était simplement l’instrument de Dieu, alors certainement les tableaux produits par ce peintre devraient être supérieurs à tous les autres.

Je ne vois pas comment il est possible pour un être humain intelligent de conclure que le Cantique de Salomon est l’œuvre de Dieu, et que la tragédie de Lear était l’œuvre d’un homme non-inspiré. Nous sommes tous susceptibles de nous trompés, mais l’Iliade me semble plus grand que Le livre d’Esther, et je le préfère aux écrits d’Aggai et Hosea. Eschyle (dramaturge grec) est supérieur à Jérémie, et Shakespeare s’élève incalculablement au-dessus de tous les livres sacrés du monde.

Il ne semble pas possible qu’un être humain ait jamais essayé d’établir une vérité – sur ce qui s’est vraiment passé – par ce qu’on appelle un miracle. Il est facile de comprendre que ce qui était commun devenait merveilleux par l’accrétion, par les choses rajoutées et par les choses oubliées, et il est facile de concevoir comment ce qui était merveilleux est devenu par accrétion ce qu’on a appelé le surnaturel. Mais il ne semble pas possible qu’un homme intelligent et honnête ait jamais cherché à prouver quoi que ce soit à partir d’un miracle.

En fait, les miracles ne pouvaient que satisfaire les gens qui ne demandaient aucune preuve ; sinon comment auraient-ils pu croire au miracle ? Il semble aussi être certain que, même si des miracles avaient été accomplis, il serait impossible d’établir ce fait par des témoignages humains. En d’autres termes, les miracles ne peuvent être établis que par des miracles, et en aucun cas les miracles ne peuvent être des preuves que pour ceux qui sont réellement présents ; et pour que les miracles aient une valeur quelconque, ils doivent être perpétuels. Il faut aussi se rappeler qu’un miracle effectivement accompli ne pouvait éclairer aucune vérité morale, ni ajouter à aucune obligation humaine.

Si un homme a jamais été inspiré, c’est un miracle secret, connu de personne, et soupçonné seulement par l’homme prétendant être inspiré. Il ne serait pas dans le pouvoir de la personne « inspiré divinement » de donner une preuve satisfaisante de cet état à qui que ce soit.

Le témoignage de l’homme est insuffisant pour établir le surnaturel. Ni l’évidence d’un homme, ni de douze, ne peut résister lorsqu’elle est contredite par l’expérience du monde intelligent. Si un livre cherche à être prouvé par des miracles est vrai, alors cela ne fait aucune différence qu’il ait été inspiré ou non ; et si il n’est pas vrai, l’inspiration ne peut pas ajouter à sa valeur.

La vérité est que l’église a toujours, inconsciemment peut-être, offert des récompenses pour le mensonge. Elle a été fondée sur le surnaturel, le miraculeux, et elle a accueilli toutes les déclarations calculées pour soutenir la fondation. Elle récompensa le voyageur qui trouva des preuves : du miraculeux comme celui de la femme de Loth qui avait été changée en colonne de sel, ou les traces des chars de Pharaon sur les sables de la mer Rouge. Elle couvrait d’honneurs l’historien qui remplissait ses pages de l’absurde et de l’impossible. Il y avait des géologues et des astronomes, qui appartenait à l’Eglise, qui ont construit des théories sur la formation de la terre et des constellations selon la Bible. Par l’épée et le bûcher, elle a détruit les hommes courageux et réfléchis qui ont dit la vérité. C’était l’ennemi de l’investigation et de la raison. La foi et la fiction étaient en partenariat.

Aujourd’hui, l’intelligence du monde nie le miracle. L’ignorance est le sol du surnaturel. Le fondement du christianisme s’est effondré, a disparu, et tout le tissu doit tomber. Le naturel est vrai. Le miracle est faux.

Revue nord-américaine, mars 1890.

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